(Extrait
de : La Roulotte, numéro spécial consacré à Charles van Lerberghe,
Paul
Lacomblez, Bruxelles, s.d. (1904-1905), pp. 27-28)
Charles van Lerberghe est véritablement le poète, selon la conception symboliste, c'est-à-dire celui qui aperçoit dans les choses, par delà leurs formes extérieures, à travers leur matérialité et leur fixité, « des visages qui regardent ». Nul n’a au même degré que lui, je crois, le don d’émerveillement; il apporte, dans la contemplation du monde, l’étonnement qu’il faut et je ne sais quelle inépuisable nouveauté d’imagination qui le fait comme un enfant simple et tout ébloui devant le spectacle de la nature. Grâce à cette faculté, il réalise une incomparable fraîcheur d’images, par où s’expriment ses visions ou mieux ses « entrevisions », que caractérise souvent une originalité non-pareille. Et rien de nébuleux ni d’hermétique dans ses poèmes, où la gracieuse musicalité du rythme s’unit à une clarté cristalline et à une précision exquise; la forte culture latine de l’écrivain de la Chanson d’Eve l’a préservé d’un art « abscons et abstrus » à la Mallarmé, comme son idéalisme souriant l’a gardé de tout pessimisme.











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